La lettre
Un matin, tout ce qu'il y a de plus simple tout au long de l'année, un homme se lève... Il prend le temps de remarquer combien l'air est doux et qu'il est si bon de vivre, de vivre libre. Il embrasse l'aurore et respire à la fenêtre savourant les premiers rayons que le soleil pouvait, à cet instant, lui offrir.
Il se met à parler aux oiseaux, remerciant leurs chants qui réchauffent ses oreilles. Doucement, pour ne pas les effrayer, s'approche d'eux et s'endort sous un arbre en observant un couple de lapins qui restent à le voir...
A son réveil la nuit est tombée et, fière, près de lui, est posée une lettre... une étrange lettre à l'inquiétante enveloppe de couleur noire... Il se sent mal mais prend la lettre avant de rentrer dans sa demeure devenue froide après que la nuit ait rafraîchi l'air et sale après que le vent ai déposé ce que les arbres laissaient tomber...
Il se couche un moment dans son lit, puis se relève pour aller dans sa cuisine fumer une cigarette... Et prendre un café... L'électricité ne marche plus alors il ramasse toutes ses cigarettes, prend la cafetière et s'installe pour lire cette mystérieuse lettre...
D'abord il l'observe, s'arrêtant à sa couleur, ne la comprenant pas... Elle est si sombre, et pourtant éclatante... Elle a une odeur particulière, comme si elle était restée près de pétales de roses en putréfaction... Et l'homme est enchanté sans comprendre comment, mais il ouvre cette lettre avec son poignard rouge... La bougie s'éteint et la lumière revient... Alors il voit que le papier, lui, est d'une couleur si pure qu'elle lui fait ouvrir les yeux plus facilement que s'il était dans le noir...
Ce n'est que lorsque la lune se dessine bien dans le ciel qu'il se décide à déplier, avec grand soin, le papier, que ses yeux dévorent... Pour s'apercevoir avec horreur que l'encre sortait d'une veine... D'un sang aussi rouge qu'une flamme était écrite cette lettre, puis il commence à la lire... L'horloge, à cet instant, se tut...
"À vous...
Je cherche ma fin...
Ça y est...
Je m'en vais de cette vie. Je voudrais simplement quitter ce corps, me détruire, vivre pleinement ma mort. Je ne souhaite plus entendre les oiseaux chanter le matin. Je veux oublier l'herbe de l'aurore, à la rosée. Je ne veux plus sentir le vent contre moi, contre ma peau..... Avoir les cheveux qui volent... Toucher l'eau des flaques, la pluie froide ou si bonne en été... Entendre le tonnerre et contempler la foudre. Voir les éclairs illuminer le ciel. Voir des arcs sans flèches. Ne plus voir le soleil. Voir le bleu du ciel. Marcher les pieds dans le sable chaud et aller vers la mer... ou dans l'herbe... Voir le blanc éclatant de la neige, sentir le froid et les frissons... Et certains animaux se cachant dans son manteau. Voir les poissons nager et les oiseaux voler. Je ne veux plus pêcher. Je veux courir après les papillons ou m'allonger près d'un arbre, y grimper et m'amuser à manger ses fruits... Vivre dans la forêt, ou regarder les étoiles. Voir des comètes ou des étoiles filantes, et de temps en temps, une ou deux chauves-souris, ni dormir à la belle étoile, regarder la lune, contempler une éclipse... Je ne veux plus faire de vélo ni marcher, et ces paysages que je contemplais... Cette vitesse que je recherchais... Je ne veux plus... Tout cet air que je respirais, et celui que je veux maintenant souffler, et tout mon corps le vider. Sentir plus fort l'odeur qui se dégage de ces fleurs, leurs couleurs éclatantes, une beauté immortelle... Pour moi qui suis mortel, comme une fleur fanée, ces arbres brûlés, la mer asséchée, ces oiseaux et poisons tués, et le vent essoufflé, comme le soleil caché ou la nuit éclairée, comme cette chaleur glacée...
je cherche ma fin...
Adieu...
Merci de m'avoir lu...
R.C.
La lettre tombe d'elle-même sur le sol et sur son chemin, sommeillant encore, la bougie l'enflamme... L'homme tombe à genoux car ses bras se dérobent à tous objets à coté de lui. Il se relève et ne sait plus quoi faire... Il reprend l'enveloppe qui, elle, est devenue blanche à coté de la lettre noire en cendres... À son dos, il y a une adresse... Mais pas de nom, juste des initiales : "R.C." Les mêmes que celles inscrites à la fin de la lettre...
Il décide de répondre à cet envoi dans l'angoisse qui s'est installée en lui. Celle-là même qui le faisait souffrir et déclencha sa première crise... Une crise d'angoisse terrible, qui le coucha au sol lui coupant le souffle et faisant palpiter son c½ur où chaque gong était aussi fort que les cloches qui sonnaient 3h30... Alors qu'il se débattait au sol, le temps tranquillement défilait... ce fût exactement à 3h33 qu'il redevint serein... Et c'est à l'heure du diable qu'il commença à écrire sa lettre...
"chèr(e) R.C,
.
Votre lettre m'a mis dans un état que je ne saurais définir, j'ai entendu votre détresse et pour vous le témoigner me sentant dans votre univers qui est devenu le mien, je vais en décrire la suite de ce voyage perdu...
Sans trouver le chemin...
Et, enfin... Tomber dans ma tombe... Celle que tous les jours j'ai creusée... Je l'avais arrangée, à ma vue façonnée... Aujourd'hui je ne vois plus, je ne peux ressentir la douceur de mes draps ou la beauté des murs, devant moi érigés... Mais je me rappelle, je repense... Continue une longue méditation qui jamais ne finira... Je cours dans l'éternel, sans bouger de mon corps, ainsi le temps jamais ne me rattrapera... Il s'est déjà enfui de moi...
Et je descends vers l'enfer, sans fuir de ma prison... Je suis sur un chemin boueux, je glisse pour enfin tomber... Je ne vois plus les cailloux qui écorchent ma chair... Les larmes ne coulent pas sur mon visage, là où je vais, elles sont exilées... J'aperçois une flaque de lave, et entrevois la noyade entravant un espoir de mourir...
Brûlé sur toute mon anatomie, je ressors du courant, loin de mon horizon, au firmament... C'était qu'un simple petit trou. La liberté était au bout. Je devais passer... Je m'écorche sans scrupules, sans regarder le sang qui coule le long de la roche, pour enfin passer et avancer...
Je ne m'en sortirai donc jamais, alors tel une enluminure, j'attends que tourne cette page...
J'espère que cette suite ne vous offensera pas, et plus sincèrement que vous la lirez.
Je ne signe pas j'attends que vous me le demandiez."
Puis, soigneusement, il cherche une enveloppe blanche et malgré lui un timbre rouge... Dans sa maison règne maintenant le silence. Étrangement, il n'eut aucun mal à trouver ce qu'il cherchait mais resta longuement à contempler sa lettre et commençait à en aspirer l'histoire... Le perturbant au plus profond de lui... Au fil des questions qui se bousculaient dans sa tête, une lui restait... Il se demandait pourquoi le temps passait lentement comme si on l'empêchait de s'enfuir de sa maison et du monde qui l'entoure... Mais il accomplit quand même sa tache. Il remplit l'enveloppe qu'il timbre et pose sur la table...
De nouveau il se sent mal, et trébuche encore sur le sol froid. Il rampe jusqu'a son lit qu'il fouille pour trouver une couverture que son bras n'arrive pas à atteindre... Il reste un long moment étendu, là, par terre, sur le carrelage... Et devant toutes les horreurs qu'il a pu subir durant cette nuit inachevée germe en lui une idée dégoûtante lorsqu'il se revoit ouvrant l'enveloppe noire avec son poignard rouge. Il en vient à se demander pourquoi la lame était rouge. Peut-être était-ce du sang ou une secrète aspiration à ce que c'en soit ... Peut-être est-il devenu maudit après son ultime utilisation ?... Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en pense, son esprit s'est tourné sur son poignard alors que son corps se courbe de douleur... Il pleure et enfin se suicide...
Et devant sa tombe, le mystérieux R.C. est là, et sans mot il regarde le sépulcre... et ressort deux lettres, la première est la sienne. Il l'a relit et sourit, mais lorsqu'il relit la réponse de celle-ci il devient rouge de colère, seuls les corbeaux osent rester là mais ne s'approchent pas trop...
Une seule goutte coule le long de sa joue. Elle tombe au milieu d'un des vases au devant de la sépulture, un vase de roses rouge, flamboyantes et vivantes, alors il prend le pot et de colère le jette au loin...
Puis se retournant calmement vers la tombe, dans un ton solennel, il annonce :
Puisse ta lettre être le chemin du voyage,
Une grande souffrance à défaut de te luir,
Ci la route est tracée, ainsi tu ne peux fuir
Tu as choisi le sang... en guise de paysage...
Ma lettre est ton poison le fruit de tes ravages,
Car en elle est un mal qui en toi vient s'enfuir
Il est venu s'ancrer comme un clou dans le cuir
Car tel était ici ce sérieux message...
Dans mon honnêteté la plus franche...
Je vous aurais bien vu pendu à cette branche,
Nous en reparlerons, je ne peux tout prévoir...
Je dois vous laisser là, vous êtes ci à l'aise...
Après vous avoir ri, j'irai marchant au soir,
Sans jamais espérer... ni remords ni malaises...
Et il s'éloigne, hésite et soudain, brusquement, se retourne... Je crois qu'il me cherche... Car il sent ma présence...
Il est moi et je suis lui...